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Thrice - The Alchemy Index Vols I & II - Fire & Water

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Écrit par Jérémie, publié le Mardi, 20 Novembre 2007. Vu 647 fois.   

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Thrice a sorti la première partie de son concept tournant autour des quatre éléments, tout en continuant sa mutation musicale, qui va une fois de plus dérouter ses fans, en perdre certains, et en gagner d'autres.

ImageDurée : 49'14
Label : Vagrant Records
Genre : Rock expérimental, Post-Hardcore, rock alternative
Sortie : 16 Octobre 2007
Note : 5/10

Selon les fans de la première heure, la transition entre The Artist In The Ambulance (2003) et Vheissu (2005) fut difficile. Abandonnant le métalcore de ses débuts, le groupe prenait alors la voie d'un post-hardcore bien plus mélodique, sans pour autant délaisser les parties hurlées au micro. Ne connaissant que Vheissu, je n'ai pu comprendre leur désarroi qu'en écoutant The Alchemy Index Vols I & II - Fire & Water, la paternité avec ce dernier n'étant perceptible que sur quelques pistes.

The Alchemy Index est ce qui est communément appelé un concept album, dont le thème central sont les quatre éléments : l'eau, l'air, le feu, et la terre. Chaque élément est l'objet de six chansons, et sortira deux par deux. Ainsi, les deux premiers à être rendus publiques seront le Feu et l'Eau (Fire & Water). La suite arrivera en avril 2008. Si l'utilisation d'une théorie ésotérique dont la vulgarisation se résume à l'hypothèse selon laquelle tous les matériaux du monde seraient composés de quatre éléments est étrange, nous pouvons faire confiance à Dustin Kensrue et ses sbires pour délivrer une œuvre intéressante.

Le problème de ce genre d'œuvre est de la considérer dans son ensemble. Garder à l'esprit qu'il s'agit d'un ensemble totalisant 24 chansons, tout en se concentrant sur chaque EP pour en tirer l'essence et l'essentiel. D'autant plus qu'avec Vheissu, de nombreuses écoutes m'avaient été nécessaires pour être complètement séduit par l'œuvre. C'est toujours le cas avec les ensembles complexes, riches, divers. Comme un mustang qui doit être apprivoisé avant de pouvoir le chevaucher sans risque ... mais comme chaque EP ne comporte que six chansons, l'immersion est à peine terminée qu'elle doit être recommencée. Perturbant. Frustrant.


Volume I - Fire

Impossible pour moi de ne pas évoquer le travail titanesque de Vivaldi dans son propre concept album des quatre saisons. Il est probable que certains d'entre vous ne connaissent pas cette œuvre, mais je m'attendais à ce que Thrice décrive le feu comme Vivaldi décrit l'hiver. Intense, furieux, frénétique, avec des passages doux évoquant les beaux paysages alpins qu'on retrouve sur les cartes postales. Après tout, le feu, c'est tout autant cette force destructive qui ravage les rivages méditerranéens comme les appartements citadins qu'une douce flamme apaisante dans le foyer de la cheminée ...

Firebreather commence avec un enchevêtrement de sons synthétisés aussi lancinants les uns que les autres, tels les flammes hypnotisantes d'une bougie. La guitare électrique de Teppei Teranishi vient réveiller le dragon dormant tranquillement au fond de sa caverne, et qui va alors se déplacer tout au long du chant. Le travail rythmique est admirable et permet d'imaginer les mouvements de l'animal, brûlant tout sur son passage. Une chorale vient ensuite conclure le chant de manière féerique, tel un baume sur une plaie. On se dit alors que Thrice a plus que réussi à musicaliser le feu, et que le reste de l'EP va être identique. Malheureusement, cette bonne impression s'arrête là.
The Messenger est le premier chant sur lequel Dustin Kensrue hurle. Sa voix est même encore modifiée électroniquement, comme s'il chantait au travers d'un mégaphone. Puissant. Mais irritant à la longue.Backdraft est doux/dur : couplet très calme, refrain turbulent. Similaire dans l'esprit de Firebreather, différent dans la réalisation.

The Arsonist fait partie des chants rappelant Vheissu, tandis que Burn the Fleet est un hybride pop rock mielleux, pour ne pas dire insipide. C'est clairement le chant le plus faible de l'EP, mais la pilule passe mieux quand on la considère par rapport à la chanson suivante, tant il arrive a mettre en relief LE bijou nommé The Flame Deluge. Joué sur un rythme très calme, il n'en dégage que mieux sa puissance, avec la voix de Kensrue saturée s'effaçant sur la fin pour laisser la place à la plus douce des voix féminine. S'il y a bien un titre à écouter, c'est celui-là.

Si Vivaldi devait se contenter d'une description musicale, Thrice peut s'en donner à coeur joie, et c'est finalement surtout au niveau des paroles que le rapport avec le feu est le plus évident. Chaque chanson reprend ce thème à un moment donné, et si comme à l'accoutumée les textes sont cryptiques, certains chants sont moins difficilement interprétables que d'autre. Ainsi, The Messenger semble raconter l'appel d'un prophète et sa triste mort, scié dans un billot de bois. Quand à The Flame Deluge, il pourrait faire référence à la fin des temps.


Volume II - Water

Comment imaginez-vous l'eau ? Qu'est-ce qui vient à votre esprit à l'évocation de ce terme ? Une mer déchaînée, ou un long fleuve tranquille ? Les chutes du Niagara, ou une bouteille d'eau minérale ? Quelle que soit votre opinion, Thrice a choisi l'aspect reposant du liquide. Connaissez-vous les cds de bien-être disponibles dans les magasins Nature & Découverte ? Vous en avez presque un avec ce Volume II.

D'ailleurs, Night Diving est entièrement instrumental. Les autres chants sont, de fait, très calmes. Un peu trop à mon gout, car si une ballade est toujours une bonne idée à la fin d'un album bien bourrin, à la fin des six de cet EP subsiste une certaine impression d'ennui. Et pourtant les chants sont bons, il y a juste cette désagréable sensation de manque, qu'il soit de diversité ou de rythme. C'est plat, chanté toujours de la même façon, sans envolée. Presque sans passion.

Concernant le contenu lyrique, le constat est sensiblement le même qu'avec Fire, les paroles étant - en apparence - plus simple à comprendre. Digital Sea évoque probablement Internet et ses dérives, ou au moins les risques d'une informatisation à tout va. Lost Continent décrit de manière très poétique notre monde actuel : guerres, égoïsme ... The Waller est ma préférée . J'ignore s'il s'agit d'une métaphore, mais la chanson présente un marin embarqué sur un baleinier préférant la vie sur mer à la vie terrestre auprès de sa fille et la mère de cette dernière. Kings Upon The Main replace l'homme face à la mer, et par extension face à toute la puissance du Créateur, lui rappelant qu'il ne sera jamais son égal, malgré toutes ses tentatives, toute sa science et connaissance.


The Alchemy Index Vols I & II - Fire & Water

Globalement, mon impression sur cette réalisation est plus que mitigée. Je suis plutôt du genre déçu. Je m'attendais à ce que beaucoup plus de puissance s'en dégage, et si cette remarque est valable pour les deux volumes, elle est particulièrement justifiée pour Water. Mais la déception est à la hauteur des espérances que j'avais placées dans cette sortie, tant j'avais apprécié le précédent effort de Thrice.

Je garde néanmoins espoir. N'ai-je pas écris qu'il fallait juger une oeuvre dans son intégralité ? J'attendrai ainsi la sortie des volumes III et IV pour un jugement définitif. Rendez-vous en 2008 !

 

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