Memphis May Fire - This Light I Hold

Memphis May Fire - This Light I Hold
 

Quand Billy Corgan déclara dans un reportage pour CNN que “Dieu est le futur de la musique” il n’en fallut pas plus pour que les média Chrétiens et les réseaux s’embrasent d’enthousiasme. Répéter cette citation seule et se gargariser que le royaume de Dieu ait gagné l’âme du rockeur c’est pourtant commettre la même erreur que citer la Bible hors contexte. Car la suite est moins plaisante.

Le frontman des Smashing Pumpkins continua “Selon moi, Jésus espère des groupes [Chrétiens] de meilleur qualité [qu’aujourd’hui]” et le chanteur nasillard poursuit en ajoutant qu’ils devraient arrêter de reproduire du U2 et plutôt essayer d’évoluer. Voilà à quoi me fait penser le nouvel album de Memphis May Fire. Explications.

Memphis May Fire (MMF) avait fait forte impression sur le scène métal internationale avec l’album The Hollow (2011). Même si d’autres groupes avait tenté le mélange tous azimuts par le passé - la mémoire collective s’est depuis remise de l’accident industriel métal: le Crabcore de Attack Attack! - le mélange de guttural basculant au chant clair pop avait cette fois quelque chose de crédible.

Puis ce fut le deuxième effet kisscool à la sortie de Challenger (2013) quand Matt Mullins le chanteur fit son coming-out spirituel: il révéla sa foi Chrétienne. Sa tendance Hopecore, cette tournure intentionnellement positive des paroles, trouvait une explication. Il était donc possible de produire de la musique heavy et un brin innovante tout en plaçant sa foi en Jésus Christ. Tous les espoirs des aficionados métalleux Chrétiens étaient permis. Unconditionnal  (2014) -quel titre, décidément- enfonça le clou de la direction prise par le groupe.

Venons-en à l’insatisfaction: ce 5e album studio arrive avec l’étiquette metalcore. Le problème avec This Light I hold, c’est que la composante Metal est audible alors que la partie Hardcore est aux abonnés absents voire remplacée par du Rock FM et si je crachais vraiment dans la soupe, par de la pop.

Cela ne devrait pas surprendre, Mullins, enfant de pasteur, a grandi avec la Christian Contemporary Music de sa maman. Il cite volontier Audio Adrenaline, Newsboys, MercyMe et Jars of Clay comme son premier concert live. Pas étonnant que ce sens de la mélodie pop lui colle à la peau lors des refrains.

Techniquement le guitariste Kellen Mc Gregor, seul membre fondateur, est chargé des compos et prend toute la place dans le casque. Clairement le mixage privilégie la six cordes au détriment de la section rythmique. C’est là où le bât blesse et laisse à penser que du metalcore, MMF n’en porte que le nom.

L’identité sonore du groupe est indéniable, signe de maturité, mais le niveau technique est plus proche du metal voire du hard rock. Ainsi, les riff de batterie binaires simples reviennent de façon récurrente comme un choix par défaut et lors des refrains il n’est pas rare que Mc Gregor se contente de plaquer les accords. Sans lui demander de shredder, j’aurai espéré un peu plus de recherche surtout que le mixage lui fait la part belle.

L’ubiquité de l’échantillonnage rend l’ensemble fade, leur mixage n’ayant pas bougé depuis Sleepwalking (2009). Et si le groupe se réjouit que les chansons forment un ensemble, c’est effectivement un exploit technique de maintenir une homogénéité sonore sur tout un album mais pas au prix d’un rendu manquant de relief (on sent à peine la grosse caisse - j’ai changé 3 fois de casques audio pour vérifier si mon problème n’était pas matériel- car les guitares ont clairement la première place), le son de la batterie saturé donne certes un effet de puissance mais induit celui d'une imprécision des fûts, là où les productions modernes spatialisent le kit dans le casque de l’auditeur.

Du côté du niveau musical si je devais me lancer dans une comparaison hasardeuse, pour ne citer que le meilleur groupe metalcore Chrétien et peut être de métal moderne tout court: August Burns Red, on ne retrouve pas cette volonté de repousser les limites techniques comme le ferait tout performer. Là où Matt Greiner challenge constamment  JB Brubake, MMF est plan plan et ce qu’il propose est décevant. Un groupe peut s’aventurer dans une direction artistique différente. Encore faut-il proposer une consistance et prendre des risques. Or le groupe en prend très peu sur cet opus. Le schéma tension sur les couplets / détente sur les refrains revient systématiquement et sans grande inspiration.

Les arrangements enfin ne rendent pas justice aux paroles de Matt Mullins, il pourrait chanter en quatrain les instructions de la recette du gâteau à la mayonnaise, la tonalité de la chanson ne connaîtrait pas d’inflexion. L’auditeur décèle comme un schisme tacite entre la foi portée par les paroles de Mullins et le fond instrumental. De plus, même si le vocaliste joue de variation dans les hurlements, il trouve relativement vite ses limites en cause une diction monotone, ce qui conduit une certaine lassitude.

Ces constats sont d’autant plus crève coeur que Matt Mullins s’avère sympathique en interview et semble sincère dans sa foi (se faire tatouer la référence Jean 4:14 et la samaritaine de l’histoire en question sur le cou requiert tout de même une certaine dose de confiance dans ses convictions). L’impression dominante est que la foi de ce PK (Pastor Kid, l’expression que lui-même emploie) semble tolérée mais malheureusement isolée dans le groupe.

Le featuring avec Jacoby Shaddix, le frontman charismatique de Papa Roach est presqu’anecdotique: leur timbre de voix est confondant c’est une chose mais c’est manquer de respect que se satisfaire de lui faire faire du remplissage. Le titre sent la collab paresseuse à distance piquée des hannetons. Better things se détache avec un traité sur le persévérance, image implicite de la vie de disciple. Carry on encourage à poursuivre sur la voie du succès sans se décourager. Les mêmes généralités que le début de leur carrière en somme.

Fait notable: entre Unconditionnal et This Light I hold, Mullins fut impliqué dans deux side-project.Comme le relate Altpress, Mullins enregistra ce qui ne devait être qu’un EP. Au final ce sera un album entier de pop song où l’on retrouve la belle voix (claire) du vocaliste et l’air de rien, elle suffit amplement à ses compositions, il se libère des carcans de MMF et trouve peut être une respiration créative salutaire.

Plus tard le jeune homme s’embarque au printemps 2016 avec les Bringdowns dans une aventure intimiste, digne d’un jam à la fermeture d’un pub, intitulé Music. Family. Beer. sentant le blues, l’americana.

Étonnamment, ces apartés musicales du chanteur restent sans suite comme une parenthèse enchantée, un doux rêve sans conséquence et comme si le reste de MMF se désintéressait du possible de l’évolution et des aspirations du jeune chanteur.

This light I Hold change certes de ton à mi-parcours après le titre éponyme passant d’un pop metal (façon Amaranthe) vers du rock mais comme avec réticences pour finir avec un titre bâtard presque rock fm et pop mais pas tout à fait. En conclusion, Memphis May Fire lâche un album qui ne manque pas de sincérité mais facile, poussif et manquant d’engagement. Espérons que la foi de Mullins et sa volonté d’apporter l’évangile trouve épanouissement à l’intérieur ou s’il le faut... hors du groupe.

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_rem

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